Caligo elenansis

Caligo elenansis

A propos de Caligo elenansis,

Avant d’être un roman, Caligo elenansis est un songe, un flot puissant qui m’a emporté jusqu’à l’aube. Création nocturne qui s’est poursuivie, dans un enchaînement frénétique, bien au-delà du matin. Ecrire dans l’urgence pour éviter la dissolution dans l’éveil et conserver l’essence de cette matière volatile, qu’est le rêve, pour en extraire une œuvre.

J’imaginais, ambitieux, pas présomptueux, d’en faire une nouvelle qui atteindrait l’équilibre d’un Paul Bowles pour restituer avec justesse l’inénarrable, l’impalpable. Car cette Amazonie, qui se joue de toutes définitions trop strictes, je l’ai tant aimé (et je continue à tant l’aimer), ne devait sous aucun prétexte servir de faire-valoir aux protagonistes.

D’ailleurs, mes intentions n’ont jamais été de mettre trop en lumière les personnages de cette aventure, au contraire, il était important d’en soulever les zones d’ombres sans trop en dévoiler. Je n’ai pas voulu que Caligo elenansis soit une simple aventure en milieu tropical.

Finalement, la nouvelle s’est muée en roman, impossible de faire court quand l’introspection et le doute sont au cœur du sujet. Sa rédaction n’a pas été homogène, parfois, l’écriture a jailli naturellement, presque sans effort, comme les notes sous les doigts d’un Mississipi John Hurt, parfois, elle a ressemblé à un combat, moments heurtés et brutaux, dans le style d’un Tommy McClennan. Il n’y a jamais eu l’angoisse de la page blanche, mais, celle de rater son sujet, de se fourvoyer trop loin dans les méandres des raisonnements. J’ai délibérément confronté mes personnages à des questions dérangeantes. Qu’est-ce qui nous définit le mieux, le plus justement ? Nos échecs, nos réussites, nos actes ou les circonstances où nous les accomplissons ? Peu importe au fond, ces parts de vérités, rarement dévoilées, tendent à démontrer que nous sommes toujours en quête de nous-même et qu’aucune réponse ne nous satisfait pleinement. Les personnages du roman ont tenté de mettre fin au doute et au questionnement, pour un temps, jusqu’à ce qu’ils se rencontrent. Dès lors, il n’était plus question de feindre, il leur fallait bien s’égarer sur ces fleuves capricieux, pour renouer avec leur propre chemin.

Bonne lecture !