Auteur : David Nhamunda

Guyane, l’or des fous

Guyane, l’or des fous

La Montagne d’Or

La Guyane française est un pays de paradoxe, elle est le plus vaste département français (avec une superficie 83 846km2, loin devant la Gironde et ses 9 976km2), elle est aussi le moins densément peuplé (à peine 3 hab/km2 pour une moyenne nationale de 100 hab/km2, à comparer avec l’Île de France et ses 1000hab/km2). Deux nationales la  traversent d’est en ouest, la reliant au Brésil et au Suriname voisins. La Guyane est célèbre pour son ancien bagne, qui nous est connu grâce à Gaston Leroux (Chéri-Bibi) Henri Charrière, le célèbre Papillon, René Belbenoît (Dry guillotine) dont le précédent s’est en partie inspiré pour écrire son roman, ou à travers les destins d’un Dreyfus, Seznec, De Böe ou encore Roussenq. La Guyane abrite un célèbre centre d’entraînement de la Légion Etrangère, des orpailleurs indépendants et autres aventuriers. Plus surprenant encore, son nom est indissociable de la conquête spatiale avec les lancements de la fusée Ariane sur le site de Kourou. Pays de cartes postales et de clichés, la Guyane se rappelle parfois à nous[1] pour des raisons plus proches des préoccupations métropolitaines. La Guyane ruisselle de richesse de toutes sortes. Sa faune et sa flore sont exceptionnelles, un certain nombre d’espèces sont protégées[2]. Sur le plan culturel, elle dispose aussi d’une personnalité unique. Son carnaval est unique et réputé l’un des plus festifs et colorés. Les grandes familles linguistiques amérindiennes y sont bien représentées, puisqu’on y trouve des locuteurs Tupi-guarani (Teko, Wayapi), Arawak (Lokono, Palikur) et Caribe (Kali’na, Wayana), y vivent aussi les descendants d’anciens esclaves marrons (les Bushinengués), des chinois, des Hmongs. Terre riche et variée (chaque expédition apporte son lot de surprises et de nouveautés[3]), la Guyane est une terre d’or et nombreux sont les orpailleurs clandestins à tenter leur chance sur les rives des fleuves.

C’est principalement de l’or que se profile la prochaine menace pour la Guyane. Un consortium russo-canadien a obtenu la concession de la montagne d’or, pour y installer un complexe industriel d’extraction minière. Ce projet est présenté comme un modèle de développement durable et responsable[4]. Le concessionnaire assure que l’impact sera réduit et qu’il sera réhabilité à la fin de son exploitation. Il serait une chance pour le département, alors que les habitants se plaignent de ne pas avoir été consulté, même après en avoir fait la demande[5]. Les amérindiens rejettent ce projet qui va détruire et souiller une zone sacrée et des ONG dénoncent ce projet inadapté[6].

L’extraction minière n’est prévue que pour un maximum de 12 ans, le projet de suivi post-production (euphémisme utilisé par le consortium de la Montagne d’or) prendra, si tout est respecté, plus de 30 ans ! En outre, 57 000 tonnes d’explosif, 46 500 tonnes de cyanure et 195 millions de litres de fioul seront nécessaires pour faire tourner la mine. Quel esprit lucide peut réellement croire qu’une fois la mine tarie l’ancien exploitant va jouer le jeu de la réhabilitation ? D’ailleurs que doit-on entendre par réhabilitation ? Suffira-t-il de replanter quelques arbres pour faire disparaître cette cicatrice ? Quid de la montagne après le passage des explosifs, de la pollution au cyanure[7] ?  Un projet de destruction de grande échelle qui affectera plus de 2000 hectares de forêt primaire et situé entre deux réserves biologiques (où sont 2000 espèces animales et végétales sont recensées dont 127 protégées) est-il vraiment raisonnable ? A qui profitera le profit, ce profit justifie-t-il la destruction de tant de richesses et de beauté ? Quel peut-être l’avenir des locaux après le passage d’un tel élément destructeur dans leur quotidien ? A l’heure où les citoyens prennent à bras le corps le problème écologique et le legs qu’ils laisseront aux générations futures, comment un tel projet a-t-il pu séduire l’état français, qui concentre, avec ses départements et ses territoires d’outre-mer[8], une biodiversité fantastique mais si fragile ?  Pensez à demain, pour penser le futur, il est urgent de mettre un terme à tous ces projets destructeurs.

Pour agir, c’est ici : https://www.stopmontagnedor.com/

A (re)découvrir :

-Leroux, Gaston : Premières aventures de Chéri-Bibi : Palas et Chéri-Bibi : https://www.amazon.fr/Palas-Ch%C3%A9ri-Bibi-Gaston-

-Belbenoit, René : Guillotine sèche : https://www.amazon.fr/Guillotine-s%C3%A8che-Ren%C3%A9-Belbenoit/dp/235887034X

-Charrière, Henri : Papillon : https://www.amazon.fr/Papillon-Henri-Charri%C3%A8re/dp/2266118358/ref=pd_sim_14_1?_encoding=UTF8&pd_rd_i=2266118358&pd_rd_r=b7994325-20a8-11e9-9599-f7e3d20a9d9c&pd_rd_w=EN2JO&pd_rd_wg=72jBR&pf_rd_p=ccdc1685-8b9b-4699-a8df-1a483d390f11&pf_rd_r=104Z9A1M70TFBS170AW0&psc=1&refRID=104Z9A1M70TFBS170AW0

-Pécassou, Bernadette : La dernière bagnarde : https://www.amazon.fr/derni%C3%A8re-bagnarde-Bernadette-Pecassou/dp/2290039535/ref=pd_sbs_14_4?_encoding=UTF8&pd_rd_i=2290039535&pd_rd_r=b7994325-20a8-11e9-9599-f7e3d20a9d9c&pd_rd_w=EQxo1&pd_rd_wg=72jBR&pf_rd_p=5d361e0c-9e85-4b01-8261-3ff932bec9c8&pf_rd_r=104Z9A1M70TFBS170AW0&psc=1&refRID=104Z9A1M70TFBS170AW0


[1] http://www.rfi.fr/france/20170328-manifestations-massives-guyane-francaise-journee-morte

[2] http://www.guyane.developpement-durable.gouv.fr/liste-des-arretes-pour-les-especes-protegees-a768.html

[3] https://www.parczoologiquedeparis.fr/fr/actualites/expedition-a-la-recherche-des-caimans-nains-2961

[4] https://montagnedor.fr/

[5] https://www.la-croix.com/Economie/France/VIDEO-Guyane-projet-minier-Montagne-dor-menacerait-peuples-autochtones-2019-01-18-1200996266

[6] https://www.fne.asso.fr/dossiers/montagne-or-guyane-projet-mine

[7] https://blogs.mediapart.fr/or-de-question-guyane/blog/200119/montagne-dor-en-guyane-or-de-question-repond-au-senateur-georges-patient

[8] http://outremer.mnhn.fr/les-outre-mer/une-biodiversite-riche

Sauvons la forêt de Romainville

Sauvons la forêt de Romainville

C’est ici, au pied du fort que la forêt a grandi, occupant les anciennes carrières devenues dangereuses.

Autrefois, lorsque j’étais collégien à Marie Curie, mes camarades et moi aimions déjouer la vigilance des surveillants pendant la pause de midi, pour nous échapper et rejoindre le parc de Romainville en contrebas. Nous appelions cet endroit la sapinière, nous grimpions au sommet de l’un de ces conifères, le plus simple d’accès et nous passions ainsi notre temps de pause en évitant de nous faire surprendre par les gardiens du parc. De notre hauteur, nous avions largement le temps de les voir arriver et nous pouvions facilement nous enfuir et regagner le collège sans encombre. Une grande partie du jeu se trouvait là. La partie du parc autorisée était coincée entre la rue du colonel Fabien et ce que le langage courant nommait la plâtrière qui n’était que la continuité dudit parc. L’interdiction d’y pénétrer se matérialisait par une clôture grillagée. L’ancienne carrière de gypse, la plâtrière donc, présentait un danger pour celles et ceux qui s’y risquaient. On parlait de galeries sur le point de s’effondrer et quelques légendes urbaines circulaient sur le destin malheureux de quelques imprudents. Sans activité humaine, l’ancienne carrière à pris aux fils des ans son aspect sylvestre actuel. Cette partie interdite exerçait un attrait certain sur les jeunes adolescents que nous étions, c’était un monde mystérieux et passablement dangereux, propre à enflammer nos imaginations, mieux qu’une forêt, c’était à nos yeux, une véritable jungle, un défi à relever au moins une fois dans sa vie. Lorsque nous en parlions, c’était bien cet aspect dangereux qui était mis en avant, un monde hors de la civilisation en plein coeur de nos villes, un monde sauvage où l’autorité des adultes n’avait pas cour, de là naissait l’exaltation. Personne ne s’y aventurait seul tant le risque était omniprésent. C’était donc de véritables petites expéditions que nous montions pour défier ce lieu aussi incongru qu’étrange. J’ai participé à l’une d’elle au moins durant cette période de ma vie, dans mon souvenir, elle n’a rien à envier aux forêts amazoniennes que j’ai par la suite eu le bonheur de connaître. Tout y était : le silence, la pénombre, la difficulté de progression dans cet enchevêtrement où de multiples pièges se dissimulaient. Nous étions seuls sans adultes pour nous rassurer, seuls face à cette entité inquiétante, quasi surnaturelle. Nous sentions vraiment le danger et chaque pas était une victoire. Le jeu étant évidemment de s’enfoncer le plus profondément possible et d’en revenir avec le sourire pour retrouver les camarades qui n’avaient pas osé franchir le pas. Ce monde onirique est en danger, menacé par un projet d’aménagement d’un autre âge (le projet Ilex) malgré la mobilisation des citoyens et de l’incompréhension des édiles des villes voisines. Les urbains que nous sommes ont besoin de ces espaces sauvages pour s’évader grâce aux rêves, la mobilisation citoyenne est en soi un bon signe, espérons que Corinne Valls l’actuelle maire de Romainville saura entendre raison.

Si vous souhaitez apportez votre soutien au maintien de la forêt, envoyez un courriel à :

Urbanisme & Aménagement

Centre administratif Carnot

15, rue Carnot

01 49 20 93 60

amenagement@ville-romainville.fr

https://reporterre.net/Foret-de-Romainville-la-bataille-continue?fbclid=IwAR3pE_o0QA1sGQ_egRB4ERoAHawQeueB8hUCda246rv8JSQMe5jEQbWB94A

Mon Laferte

Mon Laferte

Mon Laferte, Pan Piper, le 12/11/2018

Mon Laferte

Lundi 12 novembre 2018, il fallait être dans le XI°, dans la salle de concert du Pan Piper, car Mon Laferte faisait sa première apparition sur la scène parisienne. Première apparition qui coïncidait avec la sortie de son nouvel album : Norma, dont la sortie est prévue le 17 novembre. Inutile de préciser qu’elle était attendue de pied ferme par la communauté latina de Paris, car, si elle est une quasi inconnue dans l’hexagone, il en va autrement outre-atlantique où elle fait salles combles à chacune de ses prestations. Après une petite demi-heure de retard sur l’horaire officiel, Mon Laferte est arrivée précédée par la chanson de notre Edith Piaf nationale : Non, je ne regrette rien.

Mon sait soigner ses entrées. C’est vêtue d’une robe noire simple, style chanteuse réaliste des années cinquante (appuyant encore un peu plus l’hommage) qu’elle est apparue devant son public. Un collier de strass autour du cou, sans doute pour rappeler que nous sommes tout de même à Paris, ville lumière et capitale de la mode chic et d’une coiffure qui la situait à mi-chemin entre Gilda et Veronica Lake avec son Peek-a-boo style (en version brune). Pour une fois, les tatouages de Mon n’étaient pas à l’honneur, ils se sont fait discrets, la simplicité était de mise pour la diva d’ordinaire si bigarrée. Sur la petite scène, pas de sections cuivre, ni choristes pour l’accompagner, seulement un quator guitare/basse/batterie/saxophone. D’une contrainte, elle saura tirer un maximum d’effets.

Mon débute en mode crooner pendant trois chansons, histoires de chauffer la salle et prendre ses marques, très vite cependant, on sent que ça va être un excellent moment. La voix est sûre, nuancée, la salle est déjà acquise. Sur les planches, la Diva ne semble pas inaccessible, bien au contraire, il y a une réelle connexion avec le public, elle joue avec lui, cabotine quand elle prend la pose, un peu gitane parfois, un peu pin-up à d’autres moments et toujours intense lorsqu’elle chante l’amour déçu. Car avec sa voix, tantôt limpide, tantôt rocailleuse, Mon ne se cache pas, elle déverse sur la salle ses sentiments. Les paroles sont souvent simples, mais, donnent la sensation d’être entendues pour la première fois, la magie opère sans artifice, le talent et l’inspiration. Même les non-hispanophones ne peuvent rester insensible à cette fibre sentimental, à un moment, on se surprend forcément à verser sa petite larme. Lorsqu’elle aborde un registre plus virevoltant, genre salsa, rockabilly et même air hawaïen, Mon embarque tout le monde à sa suite, dans une tempête dont elle donne la cadence. Ça fonctionne bien dans chaque registre, la réduction du nombre de musiciens lui donne la possibilité de jouer dans un répertoire plus brut, plus spontané. Elle s’amuse et le public se régale de ses facéties et de ses prouesses vocales, elle chante aussi a capella. Mon ce n’est pas uniquement une géniale interprète, elle n’hésite pas à prendre la guitare (électrique et acoustique) sur certains morceaux, dont le cultissime et énergique : Si tú me quisieras, aussi bien que sur des morceaux au ton plus intimiste (elle rend notamment hommage à sa grand-mère, décédée récemment) avec un égal bonheur. Durant deux heures, Mon Laferte enchaîne les titres avec ferveur et énergie et lorsque l’heure du rappel arrive enfin, l’apothéose n’est pas loin. Elle finit avec le lacrymal, le déchirant Tu falta de Querer, comme pour rendre son départ encore plus douloureux et émouvant. Ça ne suffira pas, il faudra une autre chanson pour que la soirée se termine et il est clair que pour Mon aussi, tout est prétexte à retarder cette échéance inéluctable. Le temps se suspend un moment, mais les meilleurs choses ont aussi une fin. Mon Laferte a largement réussi son examen de passage et nul doute qu’elle y a pris beaucoup de plaisir aussi, sans doute un peu surprise de cette effervescence si loin de chez elle. Si jamais, elle passe à moins de 500 kilomètres de chez vous, précipitez-vous pour la voir, vous ne le regretterez pas !

http://www.parisetudiant.com/etudiant/sortie/mon-laferte-pan-piper-paris-11.html

https://www.amazon.com/Norma-Mon-Laferte/dp/B07JQ72Y5T/ref=sr_1_4?ie=UTF8&qid=1542118997&sr=8-4&keywords=mon+laferte

Amazonie en péril

Amazonie en péril

Jusqu’à aujourd’hui, le doute profite toujours au marché. Si telle ONG dénonce la nocivité de tel pesticide contre la vie, elle est tenue d’apporter des preuves irréfutables, alors que les multinationales, mises en causes, se contentent de produire des contre-enquêtes pour instiller le doute et fuir toute responsabilité. Vingt ans auront été nécessaire pour interdire les néonocotinoïdes*1, reconnus responsables de l’hécatombe des abeilles, si indispensables. Face au round-up et ces composants toxiques, dont le plus connu, mais pas le plus dangereux, est le fameux glyphosate*2, ce sont encore les défenseurs de la biodiversité qui doivent prouver leur bonne foi.  Tous les amoureux de la nature ont salué la condamnation de Chevron (ex Texaco) quand la firme fut condamnée à dédommager l’Equateur pour la pollution des sols amazoniens*3, c’était sans compter sur le cynisme de ses dirigeants qui sont allés demander un arbitrage au tribunal de commerce international de La Haye. Le tribunal a annulé la sentence prononcée par un état souverain au profit d’intérêts privés pour des motifs qui ne tiennent pas compte de la gravité de la situation. Des vidéos internes*4 montrant les experts de Chevron incapables de trouver des sols non contaminés, partout où ils ont été envoyé. Or le tribunal a décrété que ces vidéos n’auraient jamais du être entre les mains des plaignants, que c’était une infraction. Rappelons que la cour de justice équatorienne délivre des sanctions au pénal, tandis que celui de La Haye uniquement des sanctions administratives, les deux ne doivent pas être mis sur le même pied d’égalité, mais pour Chevron, tout se justifie pour ne pas payer. Dans cette lutte contre les pollueurs, il y a aussi souvent des morts qu’il convient de ne pas oublier. Les défenseurs de l’environnement paient de plus en plus fréquemment de leur vie leur militantisme*5 face aux géants de l’agro-business. Ce ne sont pas des méfaits locaux sans répercussions, il s’agit de crimes réels contre notre planète, l’avenir de nos enfants et ce sont de courageuses personnes qui montent au front pour faire acte de résistance, pour proposer d’autres modèles économiques moins préjudiciables, moins prédateurs. Hélas, ces grands fauves ont un appétit gargantuesque, loin de toute considération environnementale. Moins il y aura de ressources, plus ils auront faim, plus ils se jetteront avec avidité sur les parts restantes. Bien sur, comme on nous l’assène, nous pouvons tous faire un geste à notre échelle, mais la vérité est que ça  ne stoppera pas la machine, seules des lois contraignantes sauveront l’avenir de notre planète, les responsables méritent de payer pour leurs crimes.

*1http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/150826

*2 https://finalscape.com/sante-publique-de-larsenic-dans-le-roundup-une-substance-1000-fois-plus-active-que-le-glyphosate/

*3https://www.investigaction.net/fr/lequateur-et-son-combat-contre-limpunite-de-chevron/

*4https://amazonwatch.org/news/2015/0408-the-chevron-tapes

*5 https://www.globalwitness.org/fr/campaigns/environmental-activists/at-what-cost/ 

Récit de lecture

Récit de lecture

Les exilés meurent aussi d’amour, Grasset, 22€

Le dernier roman d’Abnousse Shalmani s’intitule : Les exilés meurent aussi d’amour. J’ai toujours des à priori mitigés sur les titres contenant le mot amour, mais ayant déjà eu la chance de lire son premier ouvrage (Khomeiny, sade et moi), je ne partais pas totalement en terrain inconnu. Son écriture est vivace et précise. Dès les premiers mots du prologue, on sent qu’on va être embarqué plus loin que prévu. La jungle est ici urbaine et se situe dans le quartier de la Bastille, dans un immeuble, dont on ne perçoit pas les limites. Je ne vais pas tourner autour du pot, c’est un livre fort et superbement écrit. La trame principale génère une arborescence de mini-trames jamais gratuites, toujours instructives pour la suite du roman et Shirin l’héroïne est très vivante, elle n’est pas prisonnière de ces pages, elle respire et elle insuffle un vent épique dans cette chronique familiale. J’aime particulièrement ce côté faulknerien qui nous fait sentir le poids de l’héritage familial, où chaque vie est prisonnière d’un destin (broyé le plus souvent) et ces incursions par petite touche du fantastique et du mystérieux (le tout petit frère) dans la banalité du quotidien (très borgesien). L’écriture d’Abnousse, toute érudite qu’elle soit, est extrêmement plaisante à lire. Sa simplicité apparente (la marque du talent) nous piège et nous entraîne loin. C’est à regret qu’on referme ce roman (autre marque du talent). Si Shirin est l’élément central, tous les autres personnages sont plus réalistes (dans leurs excès, comme dans leur insignifiance) les uns que les autres.  Sans sombrer dans l’erreur de la comparaison, j’ai pensé à l’Alejandra de Ernesto Sabato, en lisant la vie de Shirin. Mais là où Alejandra incarne un tragique indépassable, un renoncement, Shirin, quant à elle, incarne l’espérance, le refus de la fatalité, une certaine idée de la Liberté. Elle est un lendemain, un fleuve au cours intarissable. A lire sans retenue et vivement le prochain !

https://www.amazon.fr/exil%C3%A9s-meurent-aussi-damour-roman/dp/2246862337/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1538473719&sr=8-1&keywords=les+exil%C3%A9s+meurent+aussi+d%27amour

 

Larkin Poe

Larkin Poe

C’est bien plus qu’une découverte, Larkin Poe c’est une vraie révélation. Ces musiciennes (soeurs dans la vie civile) jouent depuis longtemps, autrefois dans un trio, les Lovelle Sisters (car le troisième membre était leur soeur ainée, mais celle-ci à depuis fait un autre choix de vie). Rebeca et Megan Lovell ont continué et leur style s’est peaufiné. La voix de Rebecca Lovell me renvoie vers des sonorités bien plus anciennes qu’elle, au temps des pionnières du Blues et le slide de Megan n’y est pas étranger non plus. Pourtant, il ne s’agit pas de simple nostalgie, Larkin Poe est un groupe d’aujourd’hui, mais avec de profondes racines. Ecoutez-les dans ce cover d’un classique du Blues !