Guyane, l’or des fous

Guyane, l’or des fous

La Montagne d’Or

La Guyane française est un pays de paradoxe, elle est le plus vaste département français (avec une superficie 83 846km2, loin devant la Gironde et ses 9 976km2), elle est aussi le moins densément peuplé (à peine 3 hab/km2 pour une moyenne nationale de 100 hab/km2, à comparer avec l’Île de France et ses 1000hab/km2). Deux nationales la  traversent d’est en ouest, la reliant au Brésil et au Suriname voisins. La Guyane est célèbre pour son ancien bagne, qui nous est connu grâce à Gaston Leroux (Chéri-Bibi) Henri Charrière, le célèbre Papillon, René Belbenoît (Dry guillotine) dont le précédent s’est en partie inspiré pour écrire son roman, ou à travers les destins d’un Dreyfus, Seznec, De Böe ou encore Roussenq. La Guyane abrite un célèbre centre d’entraînement de la Légion Etrangère, des orpailleurs indépendants et autres aventuriers. Plus surprenant encore, son nom est indissociable de la conquête spatiale avec les lancements de la fusée Ariane sur le site de Kourou. Pays de cartes postales et de clichés, la Guyane se rappelle parfois à nous[1] pour des raisons plus proches des préoccupations métropolitaines. La Guyane ruisselle de richesse de toutes sortes. Sa faune et sa flore sont exceptionnelles, un certain nombre d’espèces sont protégées[2]. Sur le plan culturel, elle dispose aussi d’une personnalité unique. Son carnaval est unique et réputé l’un des plus festifs et colorés. Les grandes familles linguistiques amérindiennes y sont bien représentées, puisqu’on y trouve des locuteurs Tupi-guarani (Teko, Wayapi), Arawak (Lokono, Palikur) et Caribe (Kali’na, Wayana), y vivent aussi les descendants d’anciens esclaves marrons (les Bushinengués), des chinois, des Hmongs. Terre riche et variée (chaque expédition apporte son lot de surprises et de nouveautés[3]), la Guyane est une terre d’or et nombreux sont les orpailleurs clandestins à tenter leur chance sur les rives des fleuves.

C’est principalement de l’or que se profile la prochaine menace pour la Guyane. Un consortium russo-canadien a obtenu la concession de la montagne d’or, pour y installer un complexe industriel d’extraction minière. Ce projet est présenté comme un modèle de développement durable et responsable[4]. Le concessionnaire assure que l’impact sera réduit et qu’il sera réhabilité à la fin de son exploitation. Il serait une chance pour le département, alors que les habitants se plaignent de ne pas avoir été consulté, même après en avoir fait la demande[5]. Les amérindiens rejettent ce projet qui va détruire et souiller une zone sacrée et des ONG dénoncent ce projet inadapté[6].

L’extraction minière n’est prévue que pour un maximum de 12 ans, le projet de suivi post-production (euphémisme utilisé par le consortium de la Montagne d’or) prendra, si tout est respecté, plus de 30 ans ! En outre, 57 000 tonnes d’explosif, 46 500 tonnes de cyanure et 195 millions de litres de fioul seront nécessaires pour faire tourner la mine. Quel esprit lucide peut réellement croire qu’une fois la mine tarie l’ancien exploitant va jouer le jeu de la réhabilitation ? D’ailleurs que doit-on entendre par réhabilitation ? Suffira-t-il de replanter quelques arbres pour faire disparaître cette cicatrice ? Quid de la montagne après le passage des explosifs, de la pollution au cyanure[7] ?  Un projet de destruction de grande échelle qui affectera plus de 2000 hectares de forêt primaire et situé entre deux réserves biologiques (où sont 2000 espèces animales et végétales sont recensées dont 127 protégées) est-il vraiment raisonnable ? A qui profitera le profit, ce profit justifie-t-il la destruction de tant de richesses et de beauté ? Quel peut-être l’avenir des locaux après le passage d’un tel élément destructeur dans leur quotidien ? A l’heure où les citoyens prennent à bras le corps le problème écologique et le legs qu’ils laisseront aux générations futures, comment un tel projet a-t-il pu séduire l’état français, qui concentre, avec ses départements et ses territoires d’outre-mer[8], une biodiversité fantastique mais si fragile ?  Pensez à demain, pour penser le futur, il est urgent de mettre un terme à tous ces projets destructeurs.

Pour agir, c’est ici : https://www.stopmontagnedor.com/

A (re)découvrir :

-Leroux, Gaston : Premières aventures de Chéri-Bibi : Palas et Chéri-Bibi : https://www.amazon.fr/Palas-Ch%C3%A9ri-Bibi-Gaston-

-Belbenoit, René : Guillotine sèche : https://www.amazon.fr/Guillotine-s%C3%A8che-Ren%C3%A9-Belbenoit/dp/235887034X

-Charrière, Henri : Papillon : https://www.amazon.fr/Papillon-Henri-Charri%C3%A8re/dp/2266118358/ref=pd_sim_14_1?_encoding=UTF8&pd_rd_i=2266118358&pd_rd_r=b7994325-20a8-11e9-9599-f7e3d20a9d9c&pd_rd_w=EN2JO&pd_rd_wg=72jBR&pf_rd_p=ccdc1685-8b9b-4699-a8df-1a483d390f11&pf_rd_r=104Z9A1M70TFBS170AW0&psc=1&refRID=104Z9A1M70TFBS170AW0

-Pécassou, Bernadette : La dernière bagnarde : https://www.amazon.fr/derni%C3%A8re-bagnarde-Bernadette-Pecassou/dp/2290039535/ref=pd_sbs_14_4?_encoding=UTF8&pd_rd_i=2290039535&pd_rd_r=b7994325-20a8-11e9-9599-f7e3d20a9d9c&pd_rd_w=EQxo1&pd_rd_wg=72jBR&pf_rd_p=5d361e0c-9e85-4b01-8261-3ff932bec9c8&pf_rd_r=104Z9A1M70TFBS170AW0&psc=1&refRID=104Z9A1M70TFBS170AW0


[1] http://www.rfi.fr/france/20170328-manifestations-massives-guyane-francaise-journee-morte

[2] http://www.guyane.developpement-durable.gouv.fr/liste-des-arretes-pour-les-especes-protegees-a768.html

[3] https://www.parczoologiquedeparis.fr/fr/actualites/expedition-a-la-recherche-des-caimans-nains-2961

[4] https://montagnedor.fr/

[5] https://www.la-croix.com/Economie/France/VIDEO-Guyane-projet-minier-Montagne-dor-menacerait-peuples-autochtones-2019-01-18-1200996266

[6] https://www.fne.asso.fr/dossiers/montagne-or-guyane-projet-mine

[7] https://blogs.mediapart.fr/or-de-question-guyane/blog/200119/montagne-dor-en-guyane-or-de-question-repond-au-senateur-georges-patient

[8] http://outremer.mnhn.fr/les-outre-mer/une-biodiversite-riche


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